Le désert de Yinken

("Resonant sand gorge or singing sand ravine")

Ce matin, lorsque nous nous réveillons dans la steppe de Xilamuren, le soleil brille par son absence. La brume nous enveloppe d’un silence ouaté. On n’entend que le bruit du vent qui soulève le sable autour de nous.

Il fait frais, et même un peu froid et c’est tels des silhouettes fantomatiques que nous déjeunons et que nous partons.

Mais peu à peu, sur la route, la brume s’efface et le paysage se montre. Nous mettons cap au sud, longeons l’industrielle Baotu, traversons le Fleuve Jaune, la « Mer de la Chine », le fleuve royal avec ses 5 464 km.

Le désert du sable chantant

Nous allons visiter un site exceptionnel des 300 000 km2 de l’immense désert de Gobi. La légende veut que le désert soit le dos d’un gigantesque dragon endormi. A l’est, un croissant de 12 400 km2 (excusez du peu) en est la tête. C’est le le Xiang Sha Wan de Yinken, le « désert du sable chantant », notre but.

Des dunes de sable chantant, il en existe quelques-unes dans le monde, entre 50 et 100 répertoriées, en Amérique, dans la Vallée de la mort californienne, en Afrique, au Sahara et au Kalahari, au Chili, à Atacama, et deux autres en Chine, dans le désert de Gobi.

C’est Marco Polo, de retour du désert chinois par la route de la soie qui nous en parle le premier : il entendait dans ces sons le chant des esprits ou celui de tambours de guerre…

L'arrivée à Yinken

Lorsque nous arrivons, nous sommes surpris : au lieu de nous déposer en pleine nature, notre car nous amène dans un endroit très touristique. Centre d’informations, magasins, restaurants hôtels. Mais où est-il, notre désert ?

photo de l'arrivée à Yinken : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine photo avant la balade en chameau, on s'équipe contre le sable !

L'approche du désert passe par une organisation bien urbaine.

En fait, c’est une navette qui nous y emmène. On nous dit que c’est à cause de la fragilité de la dune. Et là, autre surprise. Elle nous arrête devant le lit de la rivière Hantai, presque à sec en ce moment. On peut la franchir à pieds, en 4x4 ou… en télésiège !

photo des poteaux indicateurs hauts en couleur : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine photo des explications et des indications : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine photo du départ en téléphérique : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine photo d'une belle vue sur la dune : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine

L'arrivée à Yinken : panneaux et télésièges touristiques...

De l’autre côté, face à nous, une dune impressionnante de 110 m de hauteur et 200 de largeur où s’agitent beaucoup de gens.

Nous prenons le télésiège et, à l’arrivée, sommes immédiatement dirigés sous une tente où des villageois nous entortillent pieds et jambes dans des sortes de sacs-chaussettes en tissus éclatants : jaune, rouge, bleu, qui montent jusqu’aux genoux. Le but est de se protéger de l’intrusion du sable dans les vêtements. Quelques-uns refusent et préfèrent se mettre pieds nus.

Le sable est fin comme de la farine et vole en tous sens : nous mettons sur le nez les masques en tissu que nous avions apportés ou qui sont vendus sur place et nous enserrons la tête des chèches que nous avions rapporté du désert marocain. Est-ce dû à cela ? Une caravane de chameaux surgit alors…

Activités touristiques dans le désert de Gobi

La balade en chameau ("camel ride")

Ce sont les fameux chameaux de Bactriane, ceux qui sont capables de traverser ces contrées inhospitalières aussi bien sous l’ardent soleil d’été que sous les tempêtes de neige. Contrairement aux dromadaires africains à une bosse, les chameaux, asiatiques, en ont deux, réserve de graisse et d’eau, et de longs poils protecteurs. Ils sont attachés les uns aux autres par des cordes, par colonne de 6 à 10.

On nous aide à y monter et d’aimables chameliers nous mènent au désert… enfin, au début du début du désert, et fort peuplé, ma foi ! Nous croisons d’autres caravanes de touristes, et chacun de se héler et de se photographier. Je note que nous sommes les seuls Européens du coin. La majorité des visiteurs est asiatique.

photo d'avant la balade en chameau, on s'équipe contre le sable ! photo du départ pour la balade en chameau : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine

Une balade à dos de chameau : dunes à perte de vue et équipement anti-sable !

Lorsque nous quittons notre point de départ, l’appel du large se ressent. Nos vaisseaux, lents et majestueux, nous laissent imaginer ce que serait une caravane en ces lieux. Des dunes à perte de vue, de douces ondulations coupées, parfois, d’une illusion de château aux tours pointues ou de pics plus sombres et découpés qui se détachent sur le ciel : des concrétions de sable agglutiné comme les fameuses roses des sables, mais à taille de cathédrale…

Tout est minéral, ici, et seuls tournoient dans le ciel quelques oiseaux…

La balade en 6x6 ("desert exploring car")

Au retour, nous descendons de nos montures (le fameux plongeon en avant du chameau lorsqu’il plie ses longues pattes), et d’autres étonnements nous attendent.

Encore étourdie par le balancement régulier de la balade, je titube un peu lorsque des cris me ramènent à la réalité. Un monstre tout droit surgi de l’imagination de Jules Verne me fonce dessus à grand bruit : c’est une énorme machine verte et pointue, crachant une fumée noire, un « desert surfing car » qui promène, lui aussi, des touristes hurlants sur son dos. Bonjour l’écologie et la poésie !

photo du Désert-de-Yinken bien pollué par la technologie : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine on se croirait dans la Guerre des Etoiles ! : photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine

Les vaisseaux mécaniques du désert, de drôles et de gros pollueurs !

Non merci, nous préférons aller voir, d’en haut, la pente de la dune. Elle tombe presque à pic du haut de ses 110m. Outre le télésiège, on peut la descendre à pieds ou en luge : hardie, c’est ce que je choisis. Michel restera pour photographier l’envol de la téméraire puis redescendra en bondissant et dérapant dans le sable pour en profiter plus longtemps.

La descente de la dune en luge ("sand sliding")

On m’aide à bien me positionner, assise, les 2 pieds en V assurant l’équilibre, et me voilà dévalant la pente

photo de la dune du sable chantant (désert de Yinken en Mongolie) photo d'une belle descente en luge tout en chantant: photos de voyages de Michel et Marie-France du désert de sable chantant de Yinken en Mongolie intérieure en Chine

La descente de la dune en luge : vitesse et chant du sable

En effet, le sable chante sous le mouvement. C’est un son long et grave dont je peux moduler la note et l’intensité en ramant avec mes mains de chaque côté de la luge. Malheureusement, ça finit trop tôt lorsque j’atterris, freinée par le plat, sous les encouragements de ceux qui m’ont précédée.

En bas de la dune, toute une vie grouille. Je dois ôter mes guêtres de toile sous une tente en forme de yourte. Plus loin, des chevaux attachés attendent, des 4x4, des buggys, des motos. Des gens sont attablés sous d’autres tentes pour boire ou manger un morceau, les divers véhicules font la navette… Nous remontons à mi-pente pour saisir au vol le télésiège sur un arrêt intermédiaire et regagner notre car.

Il nous faudra du temps pour ordonner tous les événements de cette matinée !

Le chant des dunes

Pourquoi certaines dunes chantent-elles ? Plusieurs scientifiques les ont étudiées et en ont déterminé les constantes :

Le chant des dunes met en jeu des propriétés précises du sable : pureté, homogénéité de la taille des grains, sécheresse (le sable mouillé refuse de chanter).

Le sable, entraîné par le vent, est déposé en haut de la dune. Il glisse en faisant une avalanche qui produit ce son qu’on appelle « chant »… Mais tous les sables ne chantent pas. Les grains doivent être arrondis et comme vernis. On constate, à l’analyse, qu’ils sont recouverts d’une sorte de glaçure, faite d'argile et de calcite, que les archéologues connaissent sous le nom de «glaçure du désert» qui leur permet de se frotter les uns contre les autres d’une façon particulière.

Au lieu de rouler un par un, ils glissent tous en même temps, comme les plaques à vent neigeuses, et les espaces creux entre les grains assemblés vibrent comme la peau d’un tambour en créant écho et résonnance. Ils émettent un son étrange, une vibration basse, autour de 100 hertz, très puissante puisqu'elle atteint facilement 100 décibels, autant qu’un marteau-piqueur. On peut l’entendre à 10 kilomètres de distance quand l’air est très sec ! il paraît qu’à Yinken le son varie suivant les saisons, mais qu’on l’entend quand même toute l’année.

Mais à force de glisser et de chanter, comment se fait-il que cette dune soit encore là, d’autant qu’elle accueille les visiteurs par tombereaux entiers ? Notre guide nous explique que nous sommes devant une sorte de mouvement perpétuel : le vent souffle en permanence ici (ça, nous l’avons constaté !) et, en soufflant vers le sommet de la pente, fait remonter autant de sable que les glisseurs en font descendre… 500 ans après Marco Polo, nous pourrons en témoigner.