Carnet de voyage à Pammukale et Aphrodisias

Nous arrivons maintenant à Pammukale, l'ancienne Hierapolis, située à 18 km à l'est de Denizli.

Note aux futurs touristes : Depuis ces derniers 20 ans, ce site a été complètement défiguré par une construction anarchique d’hôtels et de cafés, de dérivations pour faire arriver l'eau dans les piscines construites en béton en plein milieu de la colline.

La région s'en est émue et avec l'Unesco, la réhabilitation est en cours. Tout a été détruit et on aménage les abords pour en faire des observatoires...

D’après les guides de 2005, (lors de notre visite), les travaux continuaient et l'eau, autrefois détournée des vasques naturelles, n'alimentait toujours pas le site. Pour contenter les touristes, on avait néanmoins créé des rigoles artificielles où ils peuvent circuler sans chaussures.

Nous espérons que le site retrouvera bientôt sa splendeur originelle et que les futurs visiteurs reverront vite ce qui nous a tant plu, lord de notre premier passage.

Pammukale, l'ancienne Hierapolis

Les blancheurs qui apparaissent de loin comme des nuages sous le soleil créent un monde féerique et immaculé au fur et à mesure de notre approche.

Hierapolis a été fondée au II° s. par Eumène II, roi de Pergame, en l’honneur d’Apollonis, sa mère.

Cette ville a développé un grand centre religieux : au long des rues on voit les restes d’un temple d’Apollon, d’un théâtre, d’un nymphée (fontaine monumentale), de thermes, le tout entouré de remparts et de tours au III°s…

Mais elle a été d’abord créée autour d’une caverne souterraine dédiée à Pluton, le dieu du monde inférieur. C’est le sinistre Plutonium, « le trou du djinn » interdit d’accès : il laisse échapper le sifflement délétère d’un souffle chargé de vapeurs de dioxyde de carbone, mortel pour les oiseaux qui s’y égarent.

Jadis, des prêtres y entraient avec des bovins qui y trépassaient, et en sortaient indemnes en ayant respiré l’air pur stagnant dans quelques poches connues, asseyant ainsi leur autorité… De son époque chrétienne, la ville nous a laissé des basiliques byzantines, le Martyrium de Saint Philippe et l’extension de sa nécropole.

le plateau de HierapolisPammukale, la "montagne de coton"

Le plateau de Hierapolis

Pammukale, la "montagne de coton"

Le plateau de Hierapolis, taillé dans du travertin, est un des paysages les plus saisissants d’Anatolie.

Des vasques de marbre blanc...

Tout un monde de terrasses d’un blanc de neige et de vasques d’eau argentée, lui donnant son nom de Pammukale : « la montagne de coton », dévale la colline sur 380 m en se déversant dans un grand lac, près duquel se trouvent quelques hôtels sympathiques.

Cette curieuse formation vient du surgissement d'eaux thermales à plus de 35°, le long d’une faille tectonique.

Au cours des siècles, les sédiments de calcaire contenus dans ces eaux se sont déposés le long des pentes du Cal Dagien, les blanchissant.

Ces eaux sont réputées depuis l’antiquité pour leur effet bénéfique en cas d’artériosclérose, de maladies nerveuses, d’affections de la peau, ou autres troubles digestifs...

Les thermes anciens sont devenus un musée, mais notre hôtel en a recréé le principe : l’eau surgit très chaude en haut des vasques et tiédit au fur et à mesure de sa descente d’un bassin à l’autre.

Quel plaisir de s’y baigner, de nuit, en passant de vasque en vasque. Caldarium, tepidarium, frigidarium nous délassent après ces chaudes et fatigantes journées de visites culturelles !

les vasques et leurs visiteursles vasque de Pammukale

Les vasques et leurs visiteurs

Le plaisir des thermes sous la lune

Nous nous dirigeons ensuite vers Aphrodisias, une antique Cité de Carie, située à proximité de Geyre.

Aphrodisias la belle

Là se trouve un des plus importants sanctuaires dédiés à Aphrodite, déesse de la nature, la beauté, l'amour et l'abondance. Au cours de l'époque romaine, il s’étend sur près de 520 hectares dans une enceinte de plus de 3,5 kilomètres.

Réputée pour son enseignement de la philosophie, de la médecine, de l'astronomie, son école de sculpture produit aussi des oeuvres en ronde-bosse connues dans tout l'empire romain, grâce au marbre bleu, gris et blanc qui vient des carrières de Babadag situées à l’est de la ville.

A l'époque byzantine, la proclamation du christianisme comme religion d'état, en 391, marque la fin du culte d'Aphrodite. La ville devient la métropole de la Carie sous le nom de Stavropolis (Cité de la Croix) et le temple d'Aphrodite est converti en basilique.

Malheureusement, plusieurs séismes ont, depuis, détruit la plupart des bâtiments : tremblements de terre, en 350 et 360 puis en 640-641, raids seldjoukides ou turcs, conflits religieux, crises économiques et épidémies…

Un nouveau séisme, en 1956, a détruit le village construit sur les ruines et a permis aux archéologues de commencer les fouilles.

C’est au milieu des amandiers, des peupliers et des grenadiers, entourée de montagnes boisées sur un plateau à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, qu’Aphrodisias est installée. L’entrée, en hauteur, juste après les remparts, permet de se faire une bonne idée de la ville.

Un témoignage gréco-romain inoubliable

Face à nous, les restes d’une rue à portiques mènent au vaste agora de 205 sur 120 mètres entouré, lui aussi, de colonnades.

Nous passons à proximité d’un propylée double, le Sébasteion, récemment mis au jour. C’ était un vaste édifice consacré au culte des empereurs divinisés de la dynastie julio-claudienne et d’Aphrodite. Deux portiques parallèles de 2 étages, 80 m de long sur 14 de large, très impressionnants !

le Théâtrela place, le nymphéa et les thermes du théâtre

Le Théâtre

La place, le nymphéa et

les thermes du théâtre

Le chemin grimpe ensuite jusqu'au théâtre. D’une capacité de plus de 10 000 places, sur 27 rangées, il a été bâti à la fin de la période hellénistique et modifié sous Marc-Aurèle, au II° s.

Détail amusant : sur les gradins, des initiales gravées permettaient aux notables de marquer leur place et des orifices supportaient leurs parasols personnels !

Sous la scène, on enfermait les animaux féroces qui se livraient les combats cruels rendus familiers par les péplums : des trous montrent l’emplacement des piquets des grilles de protection… Les salles voûtées à l’arrière de la scène servaient de loges et de coulisses.

Derrière le théâtre, il reste les vestiges d’une nymphée (fontaine circulaire) qui annonçait les thermes et le gymnase.

la rue à portiquescolonnes du Temple d'Aprodite

La rue à portiques

Colonnes du Temple d'Aprodite

Vers le nord-ouest, on traverse l’Agora pour rejoindre le temple d’Aphrodite, élevé au I er siècle av. J.-C. sur un sanctuaire plus ancien, converti en basilique chrétienne au Veme siècle. De cet ensemble où l'on a découvert une statue colossale de plusieurs tonnes, seul subsiste le portique de Tibère, 14 colonnes ioniques aux profondes cannelures sur 40.

Ce portique conduit aux thermes d'Hadrien, où l’on voit des piscines et des baignoires de marbre, des pavements à dessins géométriques.

De là, on se dirige vers l’Odéon, un ravissant petit théâtre érigé vers la fin du IIeme siècle apr. J.-C. puis rebâti par Flavius Ampelius, un riche citoyen, où l’on donnait de pacifiques concerts et divertissements.

Avec son orchestre en marbre bleu et blanc, ses colonnes de basalte noir, ses gradins ornés de pattes de lion, ses accoudoirs en forme de dauphin et sa scène très décorée, ce monument constitue désormais la petite merveille des ruines d'Aphrodisias.

le grand stade attend les charsl'arène de la pointe Est

Le grand stade attend les chars

L'arène de la pointe Est

Enfin, on arrive au stade. C’est le monument le plus spectaculaire d'Aphrodisias avec ses 262 mètres de long sur 59 de large. C’est sûrement un des plus beaux et des plus grands stades antiques connus, et il est pratiquement intact. Il pouvait accueillir 30 000 spectateurs environ sur 30 rangées de gradins.

De chaque côté, les tunnels d’accès semblent prêts a laisser entrer les chars qui courront pour nous… Notre guide nous dit que l'arène, à la pointe Est, accueillait des combats de fauves et de gladiateurs.

le ThétrapyléeAu musée : la frise Zoilos

Le Thétrapylée

Au musée : la frise Zoilos

Nous laissons ce bruit et cette fureur pour revenir sur nos pas. On passe devant le Tetrapylée, une élégante porte monumentale construite sous le règne d'Hadrien qui contrôlait l'accès au temple, pour visiter le musée.

Il contient de nombreuses sculptures de l’école d’Aphrodisias. Les artistes ont su développer un style original : idéalisation du visage, souci du réalisme dans le modelé du corps et même un certain maniérisme dans les expressions des mains et des drapés compliqués.

Cela explique que les sculpteurs recevaient des commandes de statues, chapiteaux, reliefs, médaillons venues de tout le monde romain. Ils étaient si réputés qu'ils apposaient même leurs signatures sur leurs oeuvres.

Plus au sud, la côte égéenne fait place à la côte lycienne, puis méditerranéenne, mais les sites gréco-romains n'ont que faire des dénominations, et la visite continue !