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Mais il est temps d'embarquer : nous nous arrêtons au Quai de Montebello, dans le 5e arrondissement.
Nous accostons sur la rive gauche et nous quittons le quai rue de la Boucherie, à l'emplacement de l'ancien port au bois de chauffage de Paris.
Nous ignorons, aujourd’hui, le quartier latin où nous reviendrons, pour passer le "Pont au Double" et nous retrouver au cœur de la capitale, dans l’Île de la Cité, car c'est bien ici que la ville est née, comme nous l’avons vu au début de la balade…
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Le quai de Montebello et la montée vers le Pont au Double | ||
Fortifiée naturellement par ses rives, Lutèce, qui voulait dire, en Celte, « l’habitation au milieu des eaux » est restée la résidence des rois jusqu'au XIVe siècle. C’est là qu’ils ont fait édifier deux joyaux du Gothique (Notre-Dame et la Sainte-Chapelle), leur Palais (aujourd'hui de Justice), un hôpital (l'Hôtel-Dieu), et une caserne, devenue Préfecture de Police. Nos pas nous dirigent vers Notre-Dame de Paris, le cœur religieux et géographique de la cité.
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Notre-dame de Paris vue de la Seine | ||
C’est en effet sur la place de ce parvis que, face à la cathédrale, au milieu de la façade, se trouve le « kilomètre zéro » de Paris, c'est-à-dire le point exact à partir duquel sont calculées toutes les distances par rapport à la capitale. Il est représenté par un médaillon incrusté sur le sol et protégé par la statue équestre de Charlemagne entouré de ses fidèles leudes, qui a belle allure, avec ses tons vert émeraude de bronze patiné par le temps. C’est une oeuvre des frères Charles et Louis Rochet, installée là depuis 1882.
Pour l’anecdote, rappelons qu'elle est une des rares statues de bronze que l'occupant, dans les années 40-44, n'ait pas fait fondre, puisque Charlemagne, Karolus Magnus, roi des Francs, roi des Lombards, puis Empereur d'Occident, ayant établi sa capitale à Aix-la-Chapelle, était aussi germanique…
On est magnifiquement placé, là, pour admirer la façade gothique de la cathédrale qui vient d'être restaurée : que la pierre blonde luit doucement sous le soleil !
Nous sommes devant l'une des cathédrales les plus connues et les plus visitées de France, restée longtemps, au XII° siècle, le plus vaste édifice religieux du monde occidental. En 2005, ce sont 13 millions de personnes venues de tous les horizons qui l'ont visitée.
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Charlemagne protège le "kilomètre zéro", centre géographique de Paris | ||
Autour de nous, les flâneurs, les visiteurs et les curieux côtoient les croyants et parlent en effet toutes les langues. L’esplanade, piétonne, permet aux jeunes de se livrer à diverses activités récréatives telles que le roller ou le contact avec de jeunes étrangers, au milieu de pigeons tellement familiers qu’ils vont jusqu’à se jucher sur le chef couronné de Charlemagne.
Avant de contempler la cathédrale, on examine mieux le parvis : un pavage différent y dessine une partie du plan de l’ancienne basilique mérovingienne Saint-Etienne, et d’autres pavés, plus gros et plus clairs, situent le passage de la rue Neuve-Notre-Dame, détruite depuis.
Sous nos pas, la crypte archéologique expose des maquettes montrant les transformations du quartier depuis l’ère gallo-romaine et des vestiges des édifices antérieurs. Le « pilier des Nautes » par exemple, des éléments sculptés qui datent du règne de l’empereur Tibère (14-37 après J.C), retrouvés sous le chœur de la cathédrale en 1711 nous laissent à penser qu’une partie de l’île de la Cité abritait déjà dans l’Antiquité un lieu de culte dédié à des divinités gauloises et romaines : l’Eglise bâtissait souvent sur les anciens lieux de culte, lorsqu’elle christianisait les peuples.
Ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique a donc une longue histoire et a été érigé en sa forme entre 1163 et 1330.
L’ancienne basilique Saint-Etienne, devenue cathédrale au X° siècle, ne convenait plus aux rois de France qui en avaient fait leur paroisse : ils décidèrent alors de la détruire et de bâtir, à la place, le joyau actuel. Nous sommes en plein épanouissement de l'art gothique, dont le premier modèle se voit à l'abbaye de Saint-Denis.
Les travaux de construction des nouvelles cathédrales ont commencé à Sens en 1140, à Noyon en 1150, à Laon en 1160, à Paris en 1163, avant Chartres en 1195, Reims en 1211, Amiens en 1220…
La première pierre a été posée par l’évêque Maurice de Sully, mais la construction de cette façade ne débute que vers 1200, avant que la nef ne soit achevée.
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La façade ouest de Notre-Dame | |||
Face à nous, la façade ouest de la cathédrale, du type dit « harmonique », se divise en cinq niveaux : le rez-de-chaussée ou étage des trois portails, la galerie des Rois (les 28 rois de Juda), l’étage de la grande rose, entre ses deux larges baies ogivales géminées, la galerie à colonnettes qui court d’une tour à l’autre et l'étage supérieur des deux tours, achevé vers 1245.
Dans cette façade de 40 m de largeur, aucun élément n’est saillant, les tours sont dans le même alignement que la partie centrale. Ce sont leurs contreforts qui en constituent les principales lignes verticales.
Intéressons-nous aux trois portails.
Le portail central, celui du Jugement, représente de nouveau la scène du Jugement dernier depuis que Viollet-le-Duc l’a restitué dans son état originel.
En effet, au XIII° s, les chanoines l’avaient fait agrandir par Soufflot pour y faire passer les grands dais des processions. Le Beau-Dieu du linteau avait été déposé, le linteau inférieur et la partie centrale du linteau supérieur supprimés… Le tympan, à trois niveaux, nous montre le Christ, entouré d’anges, de Marie et de Jean, intercédant pour sauver des âmes.
En dessous, à droite, les justes accèdent à la vie éternelle, tandis qu'a gauche, enchaînés, les damnés sont entraînés vers l'enfer par les démons. Au plan inférieur, enfin, nous voyons les morts sortir de leurs tombes, réveillés de chaque côté par les trompettes de deux anges.
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les portails de Notre-Dame et le tympan du Jugement dernier | ||
Comme à Amiens, ces sculptures aidaient à comprendre le mystère de la religion.
Saint Bonaventure, dans le 3° livre des Sentences (XIII° s) disait : « Les images n’ont pas été introduites sans raison. Elles ont été inventées à cause du manque d’instruction des gens ordinaires qui ne peuvent pas lire et qui peuvent ainsi, par les sculptures et les peintures, comprendre davantage les mystères de notre foi, comme s’ils avaient des livres »
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Détail des portails : anges, prophètes et le Beau-Dieu du portail central | ||
Les deux portails latéraux sont ceux de Sainte-Anne, mère de la Vierge, qui retrace la vie de Marie et de sa famille, et celui de la Vierge.
Le tympan présente sa mise au tombeau, au centre, et son couronnement, tout en haut, après son assomption. En bas, des prophètes, des rois et des anges lui rendent hommage et adoration. La Vierge à l’enfant du trumeau est plus moderne et remplace la première,
Ce sont 28 rois qui nous contemplent de cette galerie, et c’est encore à Viollet-le-Duc qu’on doit de les voir.
En effet, ce sont les rois de Juda et d’Israël qui prient ici, les ancêtres du Christ selon St Matthieu, mais à la Révolution, on a cru que c’étaient les souverains français et on les a impitoyablement abattus…
Heureusement, les originaux ont été récupérés et cachés, et, retrouvés dans les sous-sols d’une banque, ils sont maintenant exposés au Musée de Cluny.
La Rose de la Vierge est une dentelle de pierre élevée entre 1220 et 1225. Elle mesure 9,60 mètres de diamètre. Devant elle, une statue de la Vierge surplombe la galerie des rois.
Elle est entourée par Adam et Eve, rajoutés au XIX° s. lors de la restauration. A l'origine, la Vierge trônait, seule, sur la façade, placée sur un piédestal pour que les croyants, en contemplant la façade, sur la place, soient accueillis par le spectacle de la Vierge couronnée à qui l’édifice est dédié.
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Les tours de Notre-Dame et la grande rose | ||
Dans les années 1220, un nouvel architecte, le quatrième, termine la nef et fait le raccord avec la façade. Influencé par les autres cathédrales qui s’élèvent alors, il abandonne la succession des piliers monocylindriques et créé, au-dessus de la rose, des colonnes cantonnées de colonnettes fines et élancées. Elles apportent à l’ensemble plus de légèreté et de transparence dans ses parties hautes.
Mais laissons un peu la parole à Victor Hugo, amoureux de la cathédrale :
« Il est, à coup sûr, peu de plus belles pages architecturales que cette façade où, successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l'immense rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle qui porte une lourde plate-forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs auvents d'ardoise, parties harmonieuses d'un tout magnifique, superposées en cinq étages gigantesques, se développent à l'œil, en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de statuaire, de sculpture et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de l'ensemble ; vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire ; œuvre colossale d'un homme et d'un peuple[…] ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité. » (Notre-Dame de Paris).
Maintenant que nous sommes bien imprégnés de la vue d’ensemble, nous dirigeons nos pas vers l’entrée des tours, dont les escaliers hardis nous permettront d’approcher les détails des sculptures et de voir Paris du sommet de l’édifice.